Pianoforte Anton Walter

anton walter pianoforte

Les pianofortes d’après Anton Walter

Réalisé lorsqu’il avait soixante-treize ans, le portrait d’Anton Walter nous montre un visage saisissant, quelque peu rébarbatif, aux jeux sombres d’une incroyable intensité. A ce moment-là, en 1825, il a depuis longtemps abandonné la facture de pianos pour s’adonner à la culture des arbres fruitiers dans sa ferme modèle de la Basse Autriche.

Walter fonda son atelier à Vienne vers la fin des années 1770, il y prit bien vite la tête d’un monde musical qui faisait de la ville son centre, un monde musical qui soudain s’était entiché de pianoforte. Lorsqu’en 1781, Mozart arriva à Vienne, il écrivit à son père: “… C’est ici le pays des claviers… avec seulement deux élèves je pourrais mieux m’en sortir qu’à Salzbourg … .” Deux années plus tart il acheta un piano à Walter, dès lors il ne cessa de le promener de sa maison aux nombreux théâtres où se tenaient les concerts.

Le fait qu’il ait choisi un instrument de Walter n’est pas une grande surprise. Walter, par la puissance de son génie et par son incessant intérêt pour l’expérimentation était le créateur incontesté du piano viennois. S’inspirant d’éléments pensés par des facteurs du sud de l’Allemagne comme Stein et Späth, il les combinait avec des améliorations radicales de son cru pour modifier la structure, la table d’harmonie et surtout la mécanique. Alors que ses instruments possédaient toujours le clavier de cinq octaves et la construction tout en bois de leurs prédécesseurs, leur tonalité était plus ronde, et plus puissante, la mécanique, quant à elle, était plus fiable et susceptible d’apporter de la nuance, c’était là une nouvelle conception artistique qui proposait aux musiciens des possibilités inouïes.

La passion visionnaire de Walter s’étendait à la politique; il était par conviction un ardent jacobin, ce qui ne l’empêchera pas de devenir le Facteur de Piano de la Cour Impériale en 1790. A son apogée, il était à la tête du plus important atelier de Vienne qui employait cinquante personnes. Beaucoup de facteurs à Vienne et ailleurs copiaient les modèles de se instruments, lui-même ne cessa de progresser dans ses conceptions jusqu’aux environs de 1800 quand il prit son beau-fils pour associé. Le gout musical du jour requérait désormais des pianos de 5 octaves ½ voire de 6 octaves. D’une manière ou d’une autre ces instruments plus grands ne parvinrent par à embraser la vieille étincelle créatrice de Walter et peu à peu son entreprise déclina jusqu’à une place de second plan.

Parallèlement d’autres facteurs poursuivaient la transformation, vers de nouvelles formes romantiques, du piano classique que Walter en son temps avait, le premier, défine. Il demeura, semble-t-il, un home des Lumières qui permit l’émergence d’un ordre nouveau mais qui s’accorda mal à sa réalité.

Pour Jos van Immerseel (1989) et Yoko Kaneko (2004), j’ai construit deux copies d’un piano de Walter, catalogue MiNe109 dans la collection du Germanisches Nationalmuseum à Nuremberg, qui date de la dernière période de sa fleuraison créatrice.

Christopher Clarke

Traduction: M-C Buscall

Pianoforte Anton Walter, Vienne – Christopher Clarke, Cluny, 1988 (Jos van Immerseel)